La vigne c'est féminin, mars 2006
Café du genre à Montpellier

Café du genre : La vigne, c’est féminin !
(de notre envoyé spécial à Montpellier Georges Roques)
Début mars, mission agréable pour un géographe attaché aussi aux plaisirs de la vie que d’être envoyé par les Cafés géographiques pour rendre compte d’un tel thème. A Montpellier, l’hiver s’achève tout juste mais le printemps tarde. La tramontane encore fraîche, car elle vient de la neige des hautes terres des « Gabachs », le rappelle au tout petit groupe qui se dirige vers le Comptoir de l’Arc - ce café dont l’appellation appelle aux voyages, à la gastronomie pour y entendre Diane Losfelt sur un sujet qui s’annonce passionnant : « la vigne, c’est féminin ».
La place de la Canourgue offre une belle perspective sur la ville car comme à Rome elle couronne une colline. Référence et révérence à une Antiquité d’autant plus forte que la ville n’est née que vers l’an mille. Ici, la toponymie fait dans le grand (Grand cœur ; Grand Boutonnet....) ou dans l’antique (Antigone, Amphitrite, Odysseum...). Une salle sympathique bien qu’un peu rétro, un public d’une vingtaine de personnes où manquent les jeunes, les hommes et les géographes : aucun n’est connu, ni identifié, ni identifiable, ni même déclaré. L’animatrice de ce Café du genre, psychothérapeute, y présente des thèmes variés, le prochain étant l’orgasme... Diane Losfelt attend patiemment, mais son sourire aiguisé, son élégance stricte, son allure sportive révèlent déjà de l’impatience et du caractère. Les bouteilles alignées sur une table, deux très belles cuvées du château de l’Engarran, laissent augurer une soirée agréable.
L’historique du château (fondé en 1632 par Henri d’Engarran, mis à la française par Jean Vassal vers 1730, agrandi par Laurent Quetton en 1830 puis dans la famille Grill depuis cinq générations), folie montpelliéraine, comme on en trouve à peu près dans tous les pays de vigne met l’accent sur une architecture allégorique des cariatides des façades (les âges de la femme sur la façade arrière) et le bestiaire du parc (la lionne qui mange une grappe de raisins qui incarne la force....). On rappelle aussi l’ancienneté de ce terroir de Saint Georges d’Orques dont parle déjà Rabelais dont on sait qu’il séjourna à Montpellier.
A partie de là, c’est de saga qu’il s’agit, et d’une saga de femmes, depuis la grand-mère jusqu’à l’actuelle propriétaire qui a dû et su s’imposer, d’abord dans sa propre famille, puis dans un monde d’hommes. Diane Losfelt fait sa place par son caractère et ses compétences. Elle rappelle quelques anecdotes au sein même de son entreprise, au CIVL, lors des salons vini-viticoles comme au SITEVI. Sauf une certaine manière de gérer les relations sociales, rien de très féminin dans cette affaire, simplement de la volonté, de l’envie et de la compétence... comme tout manager, aussi bien homme que femme. Dès 1978, Francine Grill, la mère de l’actuelle propriétaire lance la mise en bouteille. C’est une des trois seules caves particulières du Languedoc-Roussillon qui le fasse. Rappelons que jusque là, on parle vrac, degré/hecto, barriques, pièce et demi-pièce... Depuis 1984, l’actuelle propriétaire se définit comme une « femme à poigne qui a succédé à une femme aimée », « une main de fer dans un gant de velours ». Elle essaie de retrouver cela dans ses vins, vins que commercialise sa sœur. Ceci dit, et malgré mes efforts, il n’a pas été répondu à la question de savoir s’il y a des vins de femme ou des vins pour les femmes.... sauf à opposer « le brutal » et le « costaud » des hommes à l’élégance des femmes, ce qui fut dit par la salle. Diane Losfelt , elle, répond que pour elle il y a des vins élégants et des vins liés aux personnalités de ceux qui les font. On est donc resté sur sa faim sur ce plan là, mais pas sur sa soif.
Compte-rendu : Georges Roques
Vin dégusté : cuvée du Château de l’Engarran 2003, AOC Coteaux du Languedoc Grès de Montpellier, cœur de gamme, vin de terroir et de sécheresse venu sur les graves et gravettes du Villafranchien (pour nos amis spécialistes d’érosion fluvio- glaciaire), qui exhibe une robe d’un pourpre profond, excipant au nez des fruits non pas rouges mais noirs (mûre, cassis), plein et long en bouche qui finit par un fumet de torréfié.


© Château de l'Engarran 2003